Une étoile écarlate explose dans le bleu de la nuit. Le passé était une bombe à retardement. Mille poussières éclatées se pulvérisent sous mes yeux fermés. Où est l’assassin du bonheur dans ce chaos ? Des morts d’amour, en veux-tu en voilà, giclent de partout. Pouvoir mourir encore un peu ne paraît plus un luxe. Ce corps recroquevillé est le mien. Et le froid des heures éteintes m’envahit. La vie bat encore. Les tripes en prennent plein la gueule. L’insomnie est de retour. Comme les désespérés, j’arpente l’obscurité en tous sens. Je me cherche, ne me trouve pas vraiment. Je ne connais pas cette étrangère. Je te cherche, ne te reconnaît pas vraiment. Il faut suivre la vague, celle qui rejette les algues mortes sur la rive. Que veulent dire ces mots que j’écris ? Est-ce mon sang ce sang à l’intérieur de la paume de ma main ? Dites-moi où je suis arrivée ? Le pays des lunes bleues est hostile. Je sais qu’il est mien mais ne m’y sens plus à mon aise. Ce sont les lumières manquantes que je veux retrouver. J’ai le souvenir de leur existence. Les trouverai-je ? Dans le fond de la gorge remonte l'acide de la mémoire. L'estomac est décapé; demain ira mieux. La lune s'en ira balancer ses éclairs d'acier dans un autre univers, loin du mien. Elle reviendra mais je la reconnaîtrai. Je n'aurai plus peur.

Je peux user des mots pour reconstruire de nouvelles fondations. Je peux tout avec les mots. Mais je peux tout avec tout. Peut-être n'est-ce vraiment qu'une question de volonté. Le trouble ne vient que s'il est invité. Ce soir, nous avions rendez-vous, lui et moi. Nous sommes toujours en présence l'un de l'autre. Il me toise, je soutiens son défi.
Il ne me tiendra pas compagnie jusqu'au matin car je lui donne congé. Il est comme les assassins, tenace et intraitable. Il poursuit son but: me maintenir sous son emprise. Je le dénigre. Il ne veut rien entendre. Il ne m'écoute pas et moi je lui prête trop d'attention.
Les mots me jettent à la figure leur message. Je n'y comprends rien. Je ne veux pas comprendre. J'ai déjà compris une fois. Je ne suis pas abrutie. Je sais ce que j'ai à faire. Pourquoi cette instance alors? Parce que le couteau a rouvert toutes les plaies. Les mots, ce soir, sont mes ennemis.
Alors je rejoins la communauté de l'anneau........
©Sadness©